Ouvrons l’ouvroir !

Faire culture : une cause commune.

un appel, 500 signataires, un collectif et maintenant :

Ouvrons l’ouvroir !

Vendredi 20 mai 2022, nous avons rendu public un appel “Faire culture : une cause commune” dans le cadre de la campagne des législatives, appel qui regroupe à présent plus de 500 personnes. Nous y soutenons que la cause écologique s’impose comme une priorité anthropologique : elle concerne l’ensemble des activités humaines en relation avec le vivant. La veille, la Nouvelle Union  Populaire Écologique et Sociale (Nupes) publiait son “Programme partagé de gouvernement”, énonçant dans son chapitre 4 une série d’ambitions pour la culture, ainsi qu’au chapitre 5 pour les médias. (voir ci-après)

Nous nous réjouissons de ce premier inventaire, en notant que chacune de ces propositions nécessite un approfondissement, une réflexion transversale à l’ensemble du programme. Les ambitions écologiques, économiques, sociales et démocratiques de ce programme forment un socle qui autorise à refonder l’orientation de la vie culturelle, artistique et médiatique de notre pays.

L’augmentation très significative du niveau de la dépense publique affectée à la culture (1% du P.I.B. annuel) obligera à préciser les champs d’actions élargis et prioritaires d’une grande politique publique de la culture à venir :

  • en faveur de l’irrigation des territoires et de ses circuits courts, par ses artistes et associations, sans imaginer que le ruissellement viendrait uniquement des grandes institutions culturelles ;
  • en pérennisant les conquis sociaux comme le régime des travailleurs-euses intermittent-e-s ;
  • en ouvrant de nouveaux droits pour les autrices et auteurs, et tous les précaires de la culture ;
  • en réintégrant l’éducation populaire dans le champ culturel et la reconnaissance du droit à l’expression tout au long de la vie ;
  • en développant des moyens affectés à l’éducation artistique à l’école et hors temps scolaire, vacances comprises, pour qu’elle concerne tous les âges de la vie, dès la première enfance ;
  • en affirmant la liberté de création pour toutes et tous : parité  femme/homme, pluralité du divers, présence des artistes racisé.e.s, de leurs arts et esthétiques, de leurs récits porteurs de singularités…
  • en soutenant une vie artistique au plus près des personnes, dans les entreprises, dans les lieux de vie, dans les espaces naturels…

Considérant que la Nupes a autant besoin d’un “bon programme culturel” que d’actrices et d’acteurs de la transformation de la société, nous voulons inventer, à partir d’une multiplication d’initiatives locales, une parole commune. Construisons, par la mobilisation de l’intelligence collective, un maillage en archipel d’espaces de pensée et de créativité, qui seront indispensables après les élections, quelle qu’en soit l’issue.


Ce sont les mouvements de la société

qui font (et feront) la politique culturelle !

La politique culturelle en France, et l’organisation qui en résulte, ont été forgées sous la  pression des luttes et à l’initiative de novateurs audacieux avant même que l’on songe à créer un ministère dédié. Si l’art est parfois populaire, on le doit au geste inaugural d’artistes, de pionniers et de visionnaires.

Les politiques de décentralisation et de démocratisation ont été initiées par des saltimbanques, avant de se structurer au cœur des grandes avancées du Front Populaire et de la Libération (congés payés, Régime général de la Sécurité Sociale,  comités d’entreprises…). 

C’est la résistance des artistes et technicienᐧneᐧs du spectacle aux accords de libre-échange d’après guerre qui ont fait du Centre National du Cinéma un formidable outil de développement et d’indépendance artistique.

Dans la même période, ce sont des travailleursᐧeuses et leurs syndicats qui  firent rentrer la culture à l’usine, investissant la création des Comités d’Entreprise, en y implantant  notamment des bibliothèques, en y organisant la rencontre avec la création artistique, notamment grâce à l’association Travail et Culture……

Quand en 1959 naquit le Ministère des affaires culturelles d’André Malraux, le décor était déjà planté d’un service public de la culture qui ne demandait qu’à se développer.

Les avancées de 1981, associée au ministère Lang, ont pris racine dans le foisonnement social et culturel post 68, et grâce au développement sans précédent des politiques culturelles des municipalités communistes des années soixante et soixante-dix.

Ce sont encore les artistes et intellectuelᐧleᐧs, rassembléᐧeᐧs par Jack Ralite au sein des Etats généraux de la  culture, en 1987, qui ont permis l’exemption de la culture (plus connue par la formule d' »exception culturelle ») des nouveaux accords de libéralisation du commerce.

Aujourd’hui, les mouvements de transformation sociale et écologique, décoloniaux et féministes, depuis leur émergence dans le débat altermondialiste des années 60, poursuivent ces combats afin que ces institutions répondent aux enjeux d’une société contemporaine interculturelle et égalitaire.


C’est pourquoi nous inaugurons à partir de cette campagne un espace de réflexion,  un ouvroir de politiques potentielles dont certains chantiers sont déjà en cours et d’autres à ouvrir :

Concevoir le travail artistique comme un processus (intime et collectif) inscrit dans la durée implique de réfléchir aux conditions de sa socialisation, de nourrir le développement de l’esprit critique, et d’ouvrir à une liberté de création pour toutes et tous, sans discrimination.

Premiers chantiers

– La conversation des cultures

Avec deux grands enjeux politiques : réduire dans le champ culturel la fracture produite par la domination occidentale et établir une conversation des cultures ; parvenir à libérer ensemble les imaginaires nécessairement planétaires qui nous permettront de résister à l’effondrement écologique. Cette conversation suppose la liberté de circulation (politique des visas…), une reconnaissance des droits et savoir-faire culturels de touᐧteᐧs et de chacunᐧe.

– Culture et démarchandisation

Comment résister à la logique marchande et de mise en concurrence devenues hégémoniques, y compris dans les domaines artistiques et culturels, comme dans l’ensemble des services publics, et jusqu’au cœur même de nos existences ? Comment s’affronter au capital par des propositions structurelles ? Comment initier dans nos pratiques, créatives et coopératives, des alternatives durables qui reconnaissent la culture comme un bien essentiel à l’humanité ?

– Pouvoir d’agir culturel

Comment  travailler à la prise de conscience de ce qui nous relie au monde vivant ? Comment ressourcer la co-éducation et l’éducation populaire ? Quelles mobilisations face à la pression croissante d’une culture hors-sol, propre au nécro-capitalisme numérique ? Comment soutenir et promouvoir les innovations actuelles dans les rapports entre les artistes et la complexité de la vie sociale aujourd’hui ? Comment inventer de nouveaux rapports entre travail artistique et émancipation sociale ?

– Art et culture : mission d’intérêt général et service public

Comment créer les conditions d’un foisonnement culturel au cœur des rapports sociaux qui nous  traversent ? Comment refonder les missions de services publics dans l’ensemble des réseaux de créations et de relations, et dans les institutions culturelles ? Quelles responsabilités partagées entre les acteurs pluriels de la vie culturelle,  les collectivités et l’Etat ? 

Médias, éthique et pluralisme

La privatisation, la mise en concurrence, la précarisation des acteurs de l’information et de l’ensemble des programmes audiovisuels uniformisent les esprits. Comment obtenir la pluralité de la presse et des médias, la liberté et l’éthique du journalisme ? Comment lutter contre les logiques de concentration et refonder un service public indépendant et puissant ? Quelles représentations face à l’emprise croissante des industries du numérique, tels les Gafam ? Comment développer une réappropriation citoyenne des médias, de la production à la circulation des contenus ?

(…)


Rejoignons-nous !

Informations et contact :

 culturecausecommune@gmail.com

https://culturecausecommune.fr/


ANNEXE

Extraits du Programme de la NUPES, chapitres 4 et 5 

Développer un service public des arts et de la culture

  • Porter le budget consacré à l’art, à la culture et à la création à 1 % du PIB par an
  • Restaurer un service public de la culture ambitieux pour les acteurs culturels et le public
  • Reprendre les grands travaux culturels pour mettre un terme aux inégalités territoriales en matière de structures de création, d’enseignement, de diffusion et de mémoire artistique et culturelle
  • Étendre la gratuité dans tous les musées et monuments publics, encadrer à la baisse les tarifications dans l’offre publique comme privée (cinéma, salles de concerts, etc.)
  • Créer une médiathèque publique en ligne gratuite regroupant les œuvres tombées dans le domaine public et une proposition d’œuvres récentes programmées temporairement sur la base de Gallica
  • Soutenir la création et l’appropriation par tous des œuvres et pratiques culturelles, en revalorisant l’éducation artistique à l’école, les conservatoires, l’éducation populaire et la place de la culture dans les comités d’entreprise
  • Revenir sur les privilèges fiscaux excessifs liés au mécénat culturel
  • Améliorer le régime des intermittents du spectacle sur la base du socle commun de revendications du mouvement des occupations de théâtres de 2021 et l’étendre aux autres professions culturelles et événementielles discontinues, comme les « extras » de l’hôtellerie-restauration et les guides-conférenciers
  • Créer un Centre national des artistes-auteurs qui organisera des élections professionnelles afin de concevoir un régime de protection sociale adapté à ces professions
  • Harmoniser les statuts des personnels enseignants artistiques et réorganiser la filière de la recherche artistique au travers de l’enseignement supérieur
  • Lancer un plan de formation et de recrutement d’emplois culturels de proximité, notamment à destination des jeunes

Démocratiser les médias et adopter une loi anti-concentration

  • Adopter une loi anti-concentration dans les médias et engager leur démocratisation
  • Créer un Conseil national des médias regroupant notamment l’actuelle ARCOM (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), en associant des représentants des professionnels du secteur et des usagers, chargé notamment de contrôler le respect de la loi anti-concentration et de garantir le pluralisme et la qualité
  • Transformer le « Conseil de déontologie des médias » en véritable pouvoir citoyen
  • Protéger le secteur des intérêts financiers et politiques par un renforcement du statut juridique des rédactions, l’introduction d’une charte déontologique dans la convention collective, et donner un droit d’agrément aux rédactions face à l’entrée d’un nouvel actionnaire
  • Favoriser les coopératives de journalistes, travailleurs des médias et de lecteurs/spectateurs/auditeurs, attribuer des fréquences aux médias locaux et associatifs
  • Mutualiser les outils de distribution (imprimeries, serveurs, distribution)
  • Réserver les aides publiques à la presse aux seuls médias d’information en les conditionnant au respect du droit social et des conventions collectives, à l’égalité salariale entre les femmes et les hommes et à la mise en place de cellules de signalement des violences sexistes et sexuelles
  • Exclure des aides publiques les médias condamnés pour incitation à la haine ou atteinte à la dignité des personnes
  • Faire valider par le Parlement les présidents de France Télévisions et de Radio France et intégrer dans le cahier des charges de Radio France et France Télévisions des obligations de traitement des actualités des outre-mers à des horaires d’écoute standards
  • Assurer une protection des sources et des lanceurs d’alerte, sans les obliger à saisir leur employeur en premier lieu
  • Maintenir la redevance comme financement dédié, affecté et dynamique, en la rendant progressive pour plus de justice fiscale et en l’augmentant pour atteindre un budget comparable aux autres pays européens
  • Interdire les sondages dans les jours précédant les élections, lancer une commission d’enquête parlementaire sur les sondages (méthodologie, publication, financement)

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